Ce que dit la recherche sur les expériences de mort imminente

Août 4, 2026

Le sujet traîne une réputation d'ésotérisme qui ne correspond pas à son statut réel. Les expériences de mort imminente font l'objet de publications dans des revues à comité de lecture depuis les années 1980, y compris dans The Lancet et Resuscitation. Voici l'état des connaissances, ce qui est établi, ce qui ne l'est pas, et les références pour vérifier.

Un objet d'étude constitué

Le terme s'est diffusé après la parution en 1975 de Life After Life, du médecin américain Raymond Moody, qui avait rassemblé une cinquantaine de récits et relevé leurs points communs. L'ouvrage n'a pas de valeur scientifique au sens strict, mais il a ouvert un champ.

La discipline s'est structurée dans la décennie suivante, autour de deux exigences : disposer d'un instrument de mesure, et sortir des enquêtes rétrospectives pour observer le phénomène en temps réel.

L'instrument de mesure

Le psychiatre Bruce Greyson, de l'université de Virginie, publie en 1983 une échelle en seize items destinée à caractériser et comparer les récits.

Greyson B., « The Near-Death Experience Scale: Construction, reliability, and validity », Journal of Nervous and Mental Disease, 1983, 171, p. 369-375.

L'échelle explore quatre dimensions — cognitive, affective, paranormale, transcendantale — et produit un score global. Un seuil permet de distinguer une expérience caractérisée d'un souvenir de réanimation ordinaire. Elle est devenue l'instrument standard du champ, ce qui rend les études comparables entre elles. C'est ce point, plus que tout autre, qui a permis au domaine de se professionnaliser.

Quelle fréquence

Les enquêtes en population générale convergent vers un pourcentage à un chiffre.

Une étude internationale menée par Daniel Kondziella, neurologue à l'université de Copenhague, a interrogé 1 034 personnes dans 35 pays, avec validation par l'échelle de Greyson : 106 participants, soit 10 %, rapportaient une expérience correspondant aux critères, avec un intervalle de confiance à 95 % compris entre 8,5 et 12 %. Des enquêtes nationales antérieures, notamment en Allemagne sur plus de 2 000 personnes, aboutissaient à des valeurs plus basses, autour de 4 %.

L'écart tient aux méthodes de recrutement et à la définition retenue. Retenir une fourchette de 4 à 10 % est prudent et défendable.

Chez les personnes réanimées après un arrêt cardiaque, la proportion est nettement plus élevée : environ 18 %, selon l'étude néerlandaise décrite ci-dessous.

Les études prospectives

C'est le cœur méthodologique du domaine. Une étude prospective recrute les patients avant l'événement, ce qui élimine le biais de sélection propre aux enquêtes où seuls les gens ayant quelque chose à raconter se manifestent.

van Lommel, The Lancet, 2001

L'étude de référence. Le cardiologue néerlandais Pim van Lommel et son équipe ont suivi 344 patients réanimés après un arrêt cardiaque dans dix hôpitaux. Soixante-deux d'entre eux, soit 18 %, ont rapporté une expérience de mort imminente ; quarante-et-un une expérience dite centrale.

van Lommel P., van Wees R., Meyers V., Elfferich I., « Near-death experience in survivors of cardiac arrest: a prospective study in the Netherlands », The Lancet, 2001, 358, p. 2039-2045.

L'étude comportait un volet longitudinal, avec des entretiens à deux et huit ans. Les patients ayant rapporté une expérience présentaient des transformations significativement plus marquées qu'un groupe témoin ayant vécu le même arrêt cardiaque sans EMI — ce qui suggère que les changements observés ne s'expliquent pas seulement par le fait d'avoir frôlé la mort.

Point souvent relevé : la survenue d'une EMI n'était corrélée ni à la durée de l'arrêt, ni à la médication, ni à la religiosité préalable, ni à la peur de la mort avant l'événement.

Les études AWARE

Le réanimateur Sam Parnia a conduit deux études multicentriques visant à documenter ce qui se produit pendant l'arrêt circulatoire lui-même.

La seconde, publiée en 2023, a suivi les réanimations sur 25 sites hospitaliers, avec électroencéphalographie continue et mesure de l'oxygénation cérébrale pendant le massage cardiaque.

Parnia S. et coll., « AWAreness during REsuscitation - II: A multi-center study of consciousness and awareness in cardiac arrest », Resuscitation, 2023, vol. 191, 109903.

Les auteurs ont enregistré, chez une partie des patients, une activité électrique cérébrale pendant la réanimation — des rythmes bêta, alpha, thêta et delta — alors même que le cerveau était censé être silencieux. Ce résultat ne tranche pas la question de la conscience, mais il complique le postulat selon lequel toute activité cérébrale organisée cesse immédiatement.

La nature des souvenirs

Un axe de recherche distinct, développé notamment par le Coma Science Group de l'université de Liège, sous la direction de Steven Laureys.

L'hypothèse testée était simple : si les EMI sont des événements imaginés, leurs souvenirs devraient présenter les caractéristiques des souvenirs imaginés — moins de détails sensoriels, moins de clarté, moins d'ancrage temporel.

Thonnard M., Charland-Verville V., Brédart S., Dehon H., Ledoux D., Laureys S., Vanhaudenhuyse A., « Characteristics of Near-Death Experiences Memories as Compared to Real and Imagined Events Memories », PLOS One, 2013, 8(3), e57620.

Le résultat va dans l'autre sens. Les souvenirs d'EMI présentent davantage de caractéristiques phénoménologiques que les souvenirs d'événements réels vécus par les mêmes personnes. Ils sont rapportés comme plus nets, pas moins.

Des travaux ultérieurs de la même équipe ont montré que l'intensité de l'expérience, mesurée par l'échelle de Greyson, est corrélée à la richesse du souvenir, et que ces souvenirs comportent davantage de composantes épisodiques que les souvenirs dits « flash » — ceux liés à un événement marquant.

Martial C., Charland-Verville V., Cassol H., Didone V., Van der Linden M., Laureys S., « Intensity and memory characteristics of near-death experiences », Consciousness and Cognition, 2017.

Cassol H. et coll., « Near-Death Experience Memories Include More Episodic Components Than Flashbulb Memories », Frontiers in Psychology, 2020, 11, 888.

Ces résultats ne disent pas ce qu'est une EMI. Ils disent qu'elle ne se comporte pas, sur le plan mnésique, comme une production imaginaire.

Le champ ne se limite pas à l'arrêt cardiaque

Des expériences répondant aux critères de l'échelle de Greyson sont rapportées dans des situations sans danger vital, ainsi que dans des comas d'étiologies diverses.

Charland-Verville V., Jourdan J.-P., Thonnard M., Ledoux D., Donneau A.-F., Quertemont E., Laureys S., « Near-death experiences in non-life-threatening events and coma of different etiologies », Frontiers in Human Neuroscience, 2014, 8, 203.

Ce constat complique les modèles qui font dépendre le phénomène d'un mécanisme physiologique unique lié à l'arrêt circulatoire.

Les hypothèses en présence

Aucune ne fait consensus, et il faut le dire sans détour.

Les modèles physiologiques invoquent l'hypoxie cérébrale, l'activité du lobe temporal, la libération de neurotransmetteurs, ou une intrusion de mécanismes du sommeil paradoxal à l'état de veille. Chacun rend compte d'une partie du tableau ; aucun ne rend compte de l'ensemble, notamment de la cohérence narrative des récits et de leur survenue hors situation critique.

Les modèles psychologiques décrivent une réponse de protection face à une menace vitale. Ils expliquent mal pourquoi le contenu varie si peu d'une culture à l'autre.

Les modèles non réductionnistes postulent que la conscience n'est pas entièrement produite par l'activité cérébrale. Ils sont minoritaires dans la communauté scientifique et n'ont pas de protocole de validation admis, mais ils sont défendus par des chercheurs publiant en revue à comité de lecture, dont van Lommel lui-même.

Les auteurs d'AWARE II ont avancé une hypothèse intermédiaire, qu'ils présentent eux-mêmes comme très théorique : une désinhibition cérébrale activant des circuits habituellement silencieux.

Ce que la recherche ne dit pas

Elle ne dit pas ce qui se produit après la mort. Aucun protocole ne permet de l'établir, et les publications sérieuses du domaine ne le prétendent pas.

Elle ne dit pas non plus que les expérienceurs ont halluciné. C'est une conclusion souvent présentée comme acquise ; elle ne l'est pas.

Ce qu'elle établit : le phénomène existe, il est mesurable, il se reproduit avec une constance remarquable entre cultures, et ses effets à long terme sont documentés. Le reste demeure ouvert.

Pour aller plus loin

Le Coma Science Group de l'université de Liège publie régulièrement sur le sujet ; ses travaux sont accessibles en libre accès sur le dépôt institutionnel ORBi.

Le Journal of Near-Death Studies est la seule revue à comité de lecture consacrée exclusivement au domaine.

Les études citées dans cet article sont référencées sur PubMed et, pour la plupart, disponibles intégralement.

 


L'Éveil est une application francophone dédiée aux expériences de mort imminente. On y dépose son récit sous le nom de son choix, on lit ceux des autres, on échange. Aucune interprétation n'est imposée : chacun met ses propres mots sur ce qu'il a vécu.

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